Q. J’ai entendu dire que les vers de terre ne sont pas originaires du Canada. Est-ce vrai?
R. Cela peut surprendre plusieurs personnes, mais la plupart des espèces de vers de terre présentes au Canada ne sont pas indigènes. On croit que la plupart de nos vers de terre indigènes ont été exterminés pendant la dernière période glaciaire. Il existe quelques espèces indigènes qui ont survécu, des espèces qui vivaient dans des zones non touchées par la période glaciaire, et bien qu’elles soient rares, on peut les retrouver dans des endroits comme la côte ouest de la Colombie-Britannique, le Yukon et la région des collines Porcupine en Alberta. En général, les vers de terre que l’on trouve dans nos jardins, sur nos pelouses, sur les routes mouillées, etc., ne sont pas indigènes!
Aujourd’hui, on peut trouver ces intrus non indigènes dans la majeure partie du Canada, du sud jusqu’au nord. Comment sont-ils arrivés ici? Cela remonte à l’arrivée des colons européens. Beaucoup de gens considèrent les vers de terre comme bénéfiques, après tout, ils aèrent le sol, décomposent la matière organique et ajoutent des nutriments au sol. Bien que ces avantages soient réels, les vers de terre consomment également la litière de feuilles, ce qui affecte la structure du sol. Cela a donc une incidence sur l’infiltration de l’eau, l’érosion, les communautés microbiennes et le cycle des nutriments. À tel point que certains sous-étages forestiers semblent dépourvus de litière de feuille, qui fournit un matériau organique essentiel aux plantes.
De plus, une nouvelle espèce de ver de terre, appelée ver sauteur, fait son apparition au Canada. Ils proviennent d’Asie et on croit que cette espèce est arrivée principalement par l’entremise des pratiques horticoles. La plupart des observations proviennent de serres, de parcs et de propriétés résidentielles, et on s’inquiète beaucoup de la propagation de ces envahisseurs dans les forêts canadiennes. Alors que les chercheurs continuent d’étudier leurs impacts, certaines études montrent que les vers sauteurs pourraient affecter les propriétés du sol davantage que leurs semblables Européens. Ils sont plus gros, se reproduisent plus rapidement, se trouvent en plus grande densité et ont une plus grande adaptabilité alimentaire. À mesure que leur aire de répartition s’étend inévitablement, on s’inquiète de l’incidence qu’ils auront sur les régimes nutritifs du sol. Il existe également des preuves qu’ils pourraient surpasser les vers de terre européens déjà bien établis. Les vers sauteurs ne sont pas aussi largement répandus que les vers de terre européens, du moins pas encore. On rapporte leur présence en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, bien qu’il soit possible qu’ils se trouvent dans d’autres endroits.
Alors que la plupart d’entre nous savent à quoi ressemble un ver de terre « normal », les vers sauteurs ont une apparence différente. Les vers sauteurs semblent brillants et lisses. Bien qu’ils ne sautent pas à proprement parler, ils tirent leur nom de leur comportement lorsqu’ils sont dérangés, c’est-à-dire qu’ils s’agitent violemment et peuvent avoir des mouvements semblables à ceux d’un serpent. Une autre caractéristique distinctive est leur clitellum, qui est la bande en forme d’anneau sur leur corps. Celui-ci se retrouve uniquement chez les adultes, mais chez les vers sauteurs, il est de couleur laiteuse, situé près de leur tête, au ras de leur peau et entoure l’ensemble de leur corps. Le clitellum des vers de terre européens est surélevé, d’une teinte plus rose, plus éloigné de leur tête et n’entoure pas tout le corps.
Si vous pensez avoir découvert des vers sauteurs, vous pouvez signaler vos observations à iNaturalist Canada. Vous pouvez également utiliser le système de cartes de répartition pour le dépistage précoce (EDDMapS) pour fournir un compte rendu plus détaillé. Vos observations joueront un rôle important pour aider les chercheurs à mieux comprendre cette espèce.