L’eau est une ressource précieuse. Une eau de bonne qualité est essentielle à notre survie, comme à celle des espèces sauvages et des milieux naturels du Canada. Pourtant, les activités humaines exposent nos rivières, nos océans, nos lacs et nos milieux humides à des périls de plus en plus nombreux.
Pollution
Les activités humaines qui se déroulent sur la terre ferme sont à l’origine de 80 p. 100 de la pollution océanique. Des milliards de litres d’eaux usées non traitées sont déversés dans nos plans d’eau, et les contaminants que ces eaux contiennent se retrouvent dans la chaîne alimentaire. Pour de nombreuses espèces, la vie marine prend une allure de course à obstacles; des matières plastiques et d’autres déchets deviennent des compagnons de voyage importuns. Les sacs en plastique, les engins de pêche, les anneaux porte-cannettes, les bouteilles en verre et d’autres types de déchets peuvent subsister dans les milieux marins pendant des années et tuer ou blesser des animaux appartenant à de nombreuses espèces, notamment des baleines noires et des luths, lorsqu’ils s’y empêtrent ou lorsqu’ils les confondent avec leur nourriture.
Même les eaux qui semblent immaculées peuvent être gravement polluées. Les activités industrielles, l’agriculture et nos maisons rejettent des polluants chimiques dans l’eau. Bien que les tourbières, les terres humides et d’autres écosystèmes aquatiques puissent, lorsqu’ils sont en bon état, purifier des eaux polluées, ils ne sont tout simplement pas en mesure de fournir à la tâche, compte tenu des quantités de substances nocives que nous y déversons.
Chez les espèces aquatiques, les polluants chimiques présents dans l’eau peuvent entraîner une réduction de la fécondité, des perturbations du système immunitaire, des malformations, des tumeurs et même la mort. Les êtres humains peuvent également subir certains de ces effets lorsque leur eau de consommation est polluée.
Barrages et dérivations
Au Canada, il y a plus de 900 barrages de 10 mètres ou plus de hauteur. Pour les poissons et d’autres animaux aquatiques, ce sont des obstacles qui les empêchent de se rendre dans des aires d’alimentation et de frai qui leur sont essentielles. Ces barrages peuvent également donner lieu à des niveaux d’eau anormalement bas ou élevés ne convenant plus aux animaux de certaines espèces (ou à leurs œufs).
Changement climatique
Un réchauffement climatique s’accompagne d’un réchauffement de l’eau. Dans les écosystèmes aquatiques, cela peut donner lieu à une baisse du niveau de l’eau et de la quantité d’oxygène disponible (les eaux plus chaudes retiennent moins d’oxygène que les eaux plus froides). Même de faibles changements de température peuvent mettre en danger des espèces dont l’adaptation à un milieu s’est faite sur des milliers d’années.
Déversements de pétrole
Les navires peuvent déverser, par accident ou délibérément, du pétrole dans les eaux maritimes du Canada. Les déversements délibérés constituent une source majeure de pollution pétrolière dans le Canada atlantique. Bien que cela soit illégal, il est peut être moins cher (et plus facile), au Canada, de déverser du pétrole en mer, en risquant de devoir payer une amende, que de faire escale pour se défaire du pétrole de manière légale.
Le pétrole représente un danger important pour les oiseaux de mer, particulièrement pour les espèces qui plongent dans l’eau pour se nourrir. Chaque année, il cause la mort d’environ 300 000 oiseaux marins dans les eaux de Terre-Neuve, de différentes manières : noyade, hypothermie, empoisonnement, perte de la capacité de vol, irritation, ulcération.
Pêcheries
Lorsque nous pêchons des espèces de poissons à un rythme supérieur à celui de leur reproduction, leurs populations s’effondrent. La pêche à la morue en constitue un exemple probant. Elle a été ininterrompue dans les Grands Bancs de Terre-Neuve à partir du XVe siècle, mais la surpêche a conduit à un effondrement rapide des populations, et on a mis fin à cette activité en 1992. Aujourd’hui, près de 20 ans plus tard, les populations de morues ne se sont toujours pas rétablies.
Les prises accessoires (les prises non intentionnelles de poissons ou d’autres animaux dans les filets) constituent un autre problème de taille. Les Nations Unies estiment à près de 7 millions de tonnes les prises accessoires de poissons que jettent les pêcheurs commerciaux chaque année. Cela représente 8 p. 100 de l’ensemble des prises dans les pêcheries océaniques à l’échelle mondiale. Les poissons n’ayant pas la taille requise forment la majorité des captures accessoires, mais on compte aussi un grand nombre d’oiseaux, de tortues, de requins et de mammifères marins. Après le tri de l’espèce visée, le reste des prises est habituellement rejeté à la mer. Le taux de prises accessoires est particulièrement élevé dans le contexte de la pêche à la crevette; 27 p. 100 de toutes les captures accessoires à l’échelle mondiale sont imputables à ce secteur. Dans les pêches crevettières, pour chaque kilogramme de crevettes, on peut capturer jusqu’à 20 kilogrammes d’animaux appartenant à d’autres espèces.
Le chalutage par le fond est une méthode de pêche, extrêmement destructrice pour les milieux marins, qui consiste à suspendre des filets à un bateau et à les laisser traîner au fond de la mer. Le bas des filets est lesté de plombs lourds qui écrasent tout sur leur passage : ils tuent des plantes et animaux benthiques, ils détruisent des récifs et d’autres milieux, et ils remuent la vase, ce qui peut boucher les branchies des animaux qui restent.
Espèces envahissantes
À dessein ou par négligence, les êtres humains introduisent parfois des espèces dans des régions où elles ne se trouvaient pas. Souvent, si ces nouveaux arrivants s’acclimatent, ils entrent en concurrence avec les espèces indigènes et les remplacent. Les moules zébrées, dont on croit qu’elles sont arrivées dans l’eau de ballast de navires de charge en provenance d’Asie, offrent un exemple notoire. Depuis leur découverte dans le lac Sainte-Claire dans la décennie 1980-1990, elles se sont répandues dans tous les Grands Lacs et même plus loin. Elles se nourrissent de plancton par filtration de l’eau et accaparent ainsi ce qui constitue la base d’une grande partie de la chaîne alimentaire des Grands Lacs. Elles envahissent en outre les lieux de frai de certaines espèces de poissons et peuvent favoriser la prolifération d’algues bleu-vert.
Si une seule espèce envahissante peut perturber à ce point l’équilibre naturel d’un système, imaginez ce que peuvent faire plusieurs espèces. Les eaux du Canada sont mises en péril par un nombre croissant d’espèces envahissantes, qu’il s’agisse d’espèces marines ou d’eau douce.
Aménagement des rives
Lors des perturbations associées à la construction sur les rives, du sable et de la terre se mêlent à l’eau et la troublent dans les environs immédiats. Par l’élimination des plantes qui recouvrent le sol, l’aménagement des rives accroît également l’érosion et le ruissellement. Dans cette situation, les animaux de nombreuses espèces aquatiques tentent de respirer dans ce qui est l’équivalent, sous l’eau, d’une tempête de sable.
Drainage
Les zones humides sont souvent considérées comme des milieux ne présentant aucun intérêt; on les draine donc afin de les convertir pour un usage agricole, commercial ou industriel. Pourtant, ces milieux comptent parmi les plus importants de notre planète. Ils réduisent les crues, servent de systèmes importants de filtration de l’eau, offrent un habitat essentiel à des espèces sauvages et emmagasinent le carbone. La destruction des zones humides entraîne des problèmes substantiels pour les écosystèmes avoisinants et les espèces sauvages qui y sont intégrées. Elle peut également contribuer au changement climatique.