Halifax, le 8 septembre 2026 L’équipe de recherche de la Fédération canadienne de la faune (FCF) a réalisé la première étude évaluant le risque de collision avec des navires pour les baleines noires de l'Atlantique Nord dans le golfe du Saint-Laurent.
Publiée dans la revue scientifique Endangered Species Research , cette étude a également évalué les mesures de gestion actuellement en place dans le golfe du Saint-Laurent, et a conclu que la zone de restriction constitue le moyen le plus efficace pour réduire les rencontres entre les baleines et les navires ainsi que la gravité des collisions.
« Cette recherche est d’une importance capitale, car elle nous aide à déterminer si nos actions ont réellement un impact — et dans quelle mesure nous devons en faire davantage, a déclaré Sean Brillant, Ph. D., biologiste principal en conservation (programmes marins) à la FCF. Cette approche de conservation fondée sur des données probantes est l’un des principes fondamentaux de la FCF. »
Réalisée en collaboration avec des scientifiques de l’université Dalhousie, qui ont fourni des données sur le trafic maritime de 2015 à 2023, cette étude constitue la première évaluation du risque de collision avec des navires pour les baleines noires de l’Atlantique Nord dans le golfe du Saint-Laurent depuis que la population a modifié leur aire de répartition estivale vers ces eaux dans les années 2010. Le risque de collision avec un navire a été évalué en tenant compte du type de navire, du nombre de navires et de leurs passages, ainsi que de la létalité d’une collision, en fonction de la vitesse et de la taille des navires. À partir de ces informations, on a pu comparer le risque de collision avant et après la mise en place de différentes mesures de gestion. Celles-ci comprennent des zones de limitation de vitesse statiques, dynamiques et saisonnières, la zone de restriction, ainsi que le ralentissement volontaire dans le détroit de Cabot, le passage du golfe du Saint-Laurent à l'océan Atlantique.
Les résultats ont montré que la zone de restriction de la vallée de Shediac, à l’est du Nouveau-Brunswick et au nord-ouest de l’Île-du-Prince-Édouard, constituait la mesure la plus efficace pour réduire la cooccurrence entre les baleines et les navires et pour atténuer la gravité d’une collision. En revanche, le risque dans d’autres zones, telles que la zone statique et les zones situées en dehors de celles actuellement gérées dans le Canada atlantique et le golfe du Saint-Laurent, a augmenté au fil des ans. Les conclusions de l'étude suggèrent que cela est dû à l'augmentation du trafic maritime observée à l'échelle mondiale et au fait que la limitation de vitesse actuelle n'est pas suffisante pour réduire de manière significative la mortalité, en particulier pour les grands navires.
« Même lorsque les grands navires réduisent leur vitesse à la limite de 10 nœuds, ils ont malgré tout 80 pour cent de chances de causer des blessures mortelles à une baleine adulte, a déclaré Alexandra Mayette , chercheuse en sciences marines à la FCF et auteure principale de l'étude. Pour une population qui ne compte que 70 femelles reproductrices, cela signifie que des mesures de gestion comme la zone restreinte dans le golfe du Saint‑Laurent demeurent essentielles à la santé et à la survie de l’espèce. »
Les cargos, les pétroliers et les navires de pêche ont le plus contribué au risque global de collision, en raison soit de leur taille, de leur vitesse, du nombre de traversées qu’ils effectuent chaque mois, soit du fait que leurs activités chevauchent des zones où la présence de la baleine noire de l’Atlantique Nord est très probable. Cela souligne l'importance de bien comprendre ces tendances du trafic maritime au fil du temps afin de garantir l'efficacité des mesures de gestion de la conservation.
Le Canada est un leader mondial en matière de mesures de protection visant à réduire le risque de collision entre les navires et les baleines noires de l’Atlantique Nord, a ajouté Mayette.
« Bien que les résultats ne montrent pas la réduction du risque que nous espérions, nous sommes encouragés de voir que le gouvernement du Canada continue de mettre en place ces mesures de conservation et qu’il cherche de nouvelles façons de réduire davantage ce risque. »
Les collisions avec des navires constituent l’une des deux principales menaces pesant sur la survie des baleines noires de l’Atlantique Nord dans l’ensemble de leur habitat. Les conséquences des collisions avec des navires ont tendance à être plus cryptiques, plus mortelles sur le coup et moins visibles de l’extérieur, par rapport aux enchevêtrements dans les cordages de pêche, qui sont l’autre menace principale.
L'équipe scientifique de la FCF pour la conservation marine continue de rechercher des moyens de mieux évaluer les risques de collisions entre les baleines et les navires, et de mettre en œuvre des solutions fondées sur des données probantes pour les protéger.
Cette étude a pu être réalisée grâce au financement du Fonds de la nature du Canada pour les espèces aquatiques en péril et de Pew Charitable Research.
Pour plus d’informations, visitez Fédérationcanadiennedelafaune.ca .
Faits saillants
- La population de baleines noires de l'Atlantique Nord (BNAN) est estimée à environ 380 individus, auxquels s'ajoutent 23 baleineaux nés cette année un record depuis 2009. Cependant, la population ne compte qu'environ 70 femelles reproductrices; si ce nombre tombait en dessous de 50, la population serait considérée comme fonctionnellement éteinte, ce qui signifie que la population n’est plus en mesure de se reproduire suffisamment pour assurer sa survie, même s’il y a toujours des individus vivants.
- Les mesures de gestion mises en place par Transports Canada pour la protection des BNAN dans le golfe du Saint-Laurent ont débuté en 2017, après la découverte de 12 BNAN mortes dans les eaux canadiennes, dont quatre auraient été victimes d’une collision avec un navire. Aucun cas de mortalité de BNAN causé par une collision avec un navire n’a été signalé dans les eaux canadiennes depuis 2019.
- Les mesures de gestion mises en place par Transports Canada dans le golfe du Saint-Laurent pour la protection des BNAN sont en vigueur de la fin avril à la mi-novembre.
- Des études sur le risque de collision avec des navires avaient déjà été menées par le passé dans la baie de Fundy, mais il s'agit de la première depuis que les BNAN ont modifié leur répartition estivale dans les années 2010, passant davantage de temps dans le golfe du Saint-Laurent.
- De nouveaux modèles permettant de calculer la létalité d’une collision avec un navire, tels que l’outil « whalestrike », estiment que si un grand navire, tel qu’un cargo ou un pétrolier, venait à percuter une baleine adulte naviguant à 10 nœuds, il y aurait tout de même 80 pour cent de probabilité que cela lui cause des blessures mortelles.
- Les baleines noires de l’Atlantique Nord commenceront à migrer de leurs zones d’alimentation au Canada vers leurs zones d’hivernage au sud des États-Unis à l’automne.
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